La Fondation de Grez sur Loing

Atelier Carl Larsson et le balcon de style scandinave Atelier Carl Larsson Façade de la Fondation de Grez Fondation de Grez coté jardin

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La mère Chevillon

La mère Chevillon

La salle à manger de la Fondation de Grez Le balcon de l'atelier Carl Larsson Le grand salon de la Fondation de Grez Tableau de la mère Chevillon par F. Sadler (Prêt du Musée de Grez) Vue du jardin sur la Fondation de Grez

L’HOTEL CHEVILLON A GREZ

« En 1860, la vieille auberge de Grez fut achetée par Jules Chevillon et sa femme Marguerite-Virginie Dupérat, dite  » La mère Chevillon ». Peu à peu ils apportèrent des améliorations et les artistes vinrent nombreux. La mère Chevillon était la bonté même, elle accueillait les artistes comme ses enfants, les soignait, leur préparait des tisanes s’ils étaient malades; elle a laissé le meilleur souvenir et j’ai vu beaucoup d’artistes, français et étrangers, dans les dernières années de sa vie, alors qu’il n’y avait plus d’hôtel Chevillon, venir la trouver dans la modeste maisonnette qu’elle habitait, pour lui apporter leur souvenir affectueux… »Etant très bonne et faisant un large crédit aux artistes pour la plupart fort pauvres, elle n’avait pas fait fortune et âgée et fatiguée, elle céda la maison à son fils Paul. De nombreuses pochades, quelques une importantes et très belles ornaient les murs ». Extraits d’après Fernande Sadler.

La mère Chevillon mourut le 11 Octobre 1920. Le Musée de Grez possède deux portraits d’elle par Fernande Sadler. Après la guerre de 1870 et jusqu’à la veille de 1914, l’hôtel Chevillon reçut un très grand nombre de peintres, écrivains et artistes étrangers (américains, anglo-saxons, scandinaves et japonais). Les années 1883-1884-1885 virent une affluence particulière des suédois à Grez, tantôt à la Pension Laurent, le plus souvent à l’hôtel Chevillon.

L’influence suédoise jouera un rôle capital dans l’histoire de l’hôtel Chevillon et de sa renaissance après bien des années d’abandon.

Parmi les artistes scandinaves et plus particulièrement Suédois on peut citer Hugo Salmson  (sans doute le premier peintre suédois à venir à Grez en 1874), Lumgram (peintre aquarelliste), Emma Löwstädt (peintre et graveur de talent, épousa F.B.Chadwick et s’installa définitivement à Grez, acheta l’ancien hôtel Beauséjour devenu la Pension Laurent), J.A. Strindberg (peintre, écrivain et dramaturge, il resta dix mois à l’hôtel Chevillon puis s’installa à Grez pendant deux ans avec femme et enfants), Julia Beck (peintre, portraitiste), Caroline Benedicks (statuaire et peintre aquarelliste), épousa le peintre américain originaire du Canada, Blair Bruce, venu lui aussi à Grez. Le couple vécut près de cinq ans à Grez dans la petite maison située sans le jardin de l’hôtel Chevillon et où vécurent auparavant Carl Larsson et Karin Bergöö pendant plus de deux ans.  Lundberg (sculpteur), Oscar Törna (peintre, exposa deux paysages de Grez au Salon de Paris en 1877), Oscar Bjorck (célèbre peintre suédois), Carl Larsson (un des peintres parmi les plus connus de la Suède) vint à Grez en 1882 invité par Karl Nordström, rencontra Karin Bergöö à Grez et se maria avec elle en 1883, s’installa à Chevillon dans la petite maison rose située dans le jardin de l’hôtel, leur fille Suzanne naquit à Grez le 11 août 1884. Les Larsson quittèrent Grez fin 1885. Carl Larsson fit sa dernière visite à Grez en mars 1886.  Karin Bergöö  (épouse de Carl Larsson, artiste peintre, renommée pour ses tapisseries et broderies ainsi que pour la décoration et le mobilier, elle fut la muse de Carl Larsson), Bruno Liljefors (peintre animalier de très grand talent), Gottfrid Kallstenius (peintre), Karl Noström (pêintre et ami de Carl Larsson, peintre de grand talent a réalisé plusieurs tableaux à Grez, « Jardin vu de la Pension Laurent, La clairière dans la forêt, le Vieux Pont de Grez, Mon épouse), et sa femme Teckla Lindeström (photographe et xylographe), Anders Zorn (peintre et graveur), Karl Tragardth (peintre, sa peinture impressionniste est teintée de japonisme), Eva Löwstädt (soeur de Mme. Chaswick, peintre et épouse Aström), Georg Nordensvan (écrivain, critique d’art et publiciste), Ivar Nyberg (peintre), Georg Pauli (peintre), Spada (J.C.Janzon) (Spada était son surnom, correspondant de guerre, écrivain, journaliste, il participa à l’élaboration du Manifeste des Opposants adressé à l’Académie des Beaux Arts de Stockholm en 1885), Heidenstam (poète, Prix Nobel de Littérature en 1916), Klas Fahraeus (écrivain sur l’art et grand collectionneur d’art), Elias Erdtman (jeune peintre, l’un des derniers arrivés à Grez) Anselm Schulzberg (peintre), Sven Ivar (peintre), Hugo Birger (peintre) Richard Bergh, Niels Kreuger, Ernst Lundström, Johan Eiksson, Johan Tiren et Gerda Rydberg ( tous artistes et peintres de talent dont les œuvres sont aujourd’hui dans les plus grands musées).

On peut aisément se rendre compte de l’importance de Grez dans l’histoire de l’art et de la culture de la Suède et la liste des artistes suédois qui sont venus à Grez est très loin d’être complète. Carl Larsson avait écrit en 1882 dans le journal des élèves de l’Académie de Stockholm « Palettskrap » « Je considère que Grez doit avoir sa place dans l’histoire de l’art suédois … » Puis en 1883, après s’être marié à Stockholm avec Karin Bergöö, dès son retour à Grez il écrivit à son éditeur Albert Bonnier « Grez est aussi l’endroit où  l’on doit passer une lune de miel … » Vers la fin du siècle, chacun retourne dans son pays. L’intérêt pour Grez est moindre. La Pension Laurent et l’Hôtel Chevillon n’existent plus que dans les souvenirs. Les années passent, Fernande Sadler publie un livre sur Grez en 1906, puis bien plus tard un petit recueil sur l’histoire de l’Hôtel Chevillon qui deviendra un document de base indispensable à toute recherche sur l’histoire culturelle des colonies artistiques à Grez.

L’HÔTEL CHEVILLON UN NOUVEAU DÉPART

En 1986 l’ancien hôtel Chevilllon propriété privée est en bien mauvais état. Bo Akermark visite Grez pour le repérage d’une série de la télévision suédoise sur J.A. Strindberg. Il écrit qu’il a trouvé « la pension de  Strindberg à vendre ».  » Il n’existe pas de lieu plus chargé de tradition hors des frontières de la Suède. Faites en une fondation artistique ». La Pension de Strindberg n’est autre que l’Hôtel Chevillon. Akermark en parle avec Sven Löwstedt, un Suédois ami de la France qui prend bonne note du projet, contacte le propriétaire, élabore un plan pour réaliser le projet et rédige un appel destiné à des associés potentiels. Déjà en 1972 Sven Benktander, ingénieur civil ayant travaillé pour SKF-France, avait visité Grez et s’était intéressé aux souvenirs suédois de notre village. Il avait soulevé la question avec Pontus Gratez, Directeur du Centre Culturel Suédois de l’époque mais le projet avait été abandonné.

Le projet Akermark – Sven Löwstedt ne rencontra pas un succès immédiat, mais au printemps 1986, un groupe d’amateurs d’art et de construction de Göteborg, Alf Elmbeg, Jan Lanmark et Jan Wallinder visite Grez. Le calme et la tranquilitée de l’endroit, la proximité de Paris font sur eux une impression impérissable. Ils vont reprendre le projet et faire de l’Hôtel Chevillon un nouveau foyer pour une colonie d’artistes suédois à Grez sur Loing. La maison est restée inhabitée durant de longues périodes et elle est en très mauvais état dans certaines parties.En 1987, une subvention de la Fondation Sven Ivar et Siri Lind permet de faire l’évaluation des transformations et des travaux à effectuer. Un rapport est présenté début 1988. Si les réactions sont très positives dans tous les milieux artistiques et culturels à l’annonce d’un tel projet, il manque l’essentiel, l’achat de l’Hôtel Chevillon.

Quant un industriel de Göteborg, Erik Malmsten, amateur d’art et de culture se déclare prêt à fournir tous les moyens pour l’achat de l’immeuble, c’est enfin la possibilité de réaliser la Fondation Grez sur Loing. Un comité est constitué dont les membres font autorité en matière de droit, d’économie et de technique de construction. Le siège de la fondation est à Göteborg. Erik Malmsten, Bo Myhrman, Lars Rahm, Jan Wallinder, Jan Landmark et Alf Elmberg forment le premier conseil d’administration et mènent le projet à terme. Selon les statuts, la fondation doit acquérir, posséder, rénover, administrer et entretenir l’immeuble « Hôtel Chevillon » et y installer des appartements à usage de logements, des ateliers et des locaux pour l’enseignement et la recherche, destinés aux séjours d’artistes, d’écrivains, de compositeurs, de chercheurs en priorité suédois, nordiques ou français, d’autres nationalités étant accueillies dans la mesure des places disponibles.

Il y avait 18 chambres d’hôtes dans l’ancien Hôtel Chevillon. La reconstruction donnera six appartements pour la plupart de deux pîèces équipés d’une kitchenette, d’une douche et d’un WC. Il y a aussi deux chambres simples et quatre ou cinq ateliers. Au bout de l’aile de la cour il y a un logement particulièrement chargé sur le plan émotionnel, puisque c’est là que Carl Larsson et son épouse s’installèrent après leur mariage en 1883 et c’est là qu’allait naître leur premier enfant Suzanne. Strindberg occupa également cet appartement pendant quelques mois en l’absence de Carl Larsson.

Après restauration, l’Hôtel Chevillon fut inauguré comme Fondation de Grez sur Loing le 16 Mars 1994 par la ministre suédoise Birgit Friggebo en présence de la Reine Sylvia de Suède et de nombreux représentants de la vie culturelle suédoise et française. En 2002, la Municipalité de Grez sur Loing décida d’appeler la rue qui mène au vieux pont « Rue Carl Larsson ».

(Cet article fait suite aux recherches effectuées de 2008 à 2014 par J. Le Vot).